La Femme : Le choix de l’indépendance

cropped-fond1.jpg

Quelques jours après leur récompense au Victoires de la Musique (révélation de l’année) et à la veille de leur départ pour une tournée américaine de 2 mois, nous avons eu la chance de discuter avec Marlon du groupe La Femme.

Fondé en 2007 par Marlon Magnée et Sasha Got, La Femme se compose d’un nombre variable de membres, originaires de toute la France et parfois rencontrés sur internet. Cultivant leur indépendance et un esprit Do It Yourself, ils produisent eux même leur 1er album Psycho Tropical Berlin, et tout leur clips, véritable court métrages.

En présence de leur manager, Stephane le Sciellour, nous avons discuté de leur parcours, de leurs choix, de leur vision du métier d’artiste aujourd’hui.

Muzrs : Salut Marlon.  Pour commencer, d’où est ce que tu viens ?

Marlon : Je viens de Biarritz, c’est là-bas que j’ai rencontré Sasha, avec qui j’ai plus tard monté le groupe. C’est une ville géniale pour grandir, mais pas pour la musique. Mon grand-père était musicien, ma mère aussi, mais ils ne bossaient pas du tout dans le « milieu de la musique ». Ma mère m’a poussé dedans quand j’avais 5 ou 6 ans avec le piano, depuis elle m’a toujours soutenu, m’a forcé à continuer quand j’avais envie d’arrêter… J’ai déménagé à Paris à 15 ans, et là j’ai trop kiffé, je me suis confronté à des univers créatifs hyper larges, il y en a pour tout les goûts, alors qu’à Biarritz tout est condensé. Avec Sasha on a commencé à faire du son là-bas mais c’est quand il m’a rejoint à Paris après le bac qu’on a monté le groupe, qu’on a commencé à chercher des plans, envoyer des mails etc. C’est vraiment à Paris que ça se fait.

Muzrs : A quel moment la musique est devenue un choix de carrière ?

Marlon : À la base je voulais bosser dans le visuel. Je voulais faire les Arts Décoratifs après mon bac, mais je l’ai raté, et quand je l’ai repassé, à 18 ans, c’est là que j’ai eu le déclic pour la musique. Sasha et moi produisions déjà beaucoup sur GarageBand [logiciel d’enregistrement et de création musicale, NDLR], on s’envoyait nos morceaux et on les trouvait plutôt cool. On a pris conscience qu’il y avait un potentiel.

Muzrs : Et à partir de là, concrètement, qu’est ce que vous avez fait ?

Marlon : Notre plan, c’était d’enregistrer une maquette sur GarageBand et de le proposer à des labels. Finalement on a aussi posté les morceaux sur Myspace et c’est ce qui nous a amené nos premières dates de concerts. Les autres membres du groupe sont des potes qu’on a recrutés à ce moment là. Clémence, on l’a trouvée sur internet via Myspace, on cherchait une chanteuse qui faisait du clavier. Une fois le groupe formé, on a envoyé plein de mails à plein de salles. Sur 50 mails on a eu genre 2 réponses ! Mais avec le bouche à oreille une date en amène une autre. Là, on a eu envie de partir faire un road trip aux Etats-Unis. On a bossé tout l’été pour réunir 3000€ chacun. On voulait jouer dans le métro mais on a été refoulé au casting ! A nouveau on a contacté plein de salles aux US. Sur les 3 qui nous ont répondu, l’une a adoré notre musique, et avait un gros réseau. Elle a commencé à s’occuper de nous, à nous trouver des dates. On en a fait 24 en 3 mois. Finalement ça a été un bon investissement parce que c’est en tournant au Etats-Unis qu’on a commencé à s’intéresser à nous en France… En revenant on a eu plein de propositions de dates, des labels qui voulaient nous signer, des tourneurs et des festivals qui nous appelaient…

Muzrs : Et pour produire l’album, vous avez fait comment ?

Marlon : On a réinvestit tout l’argent des concerts pour payer des enregistrements en studio. On a aussi emprunté à nos proches, et on essayait de trouver des plans studio gratuit. Comme Quicksilver qui nous a laissé utiliser son studio à côté de Biarritz pendant 3 semaines, en échange d’un showcase dans leur boutique. Pendant un an, tout en enregistrant l’album, on a rencontré tous les labels qui nous démarchaient. On s’en foutait du label en soi, on voulait juste le contrat le plus avantageux. Peu de temps avant on a rencontré Stephane, il était programmateur à la Flèche d’Or et directeur juridique chez PIAS. Il nous conseillait là dessus, puis a mené les négociations, pour finalement devenir notre manager, au moment de notre signature avec Barclay. C’est sympa au début de se manager, mais ça demande trop de temps et d’énergie, ça implique parfois de devoir jouer le mauvais rôle, de devoir gueuler, et pour un artiste il y a un moment où il faut juste faire le mec cool pendant que quelqu’un s’occupe de faire valoir tes droits. Avec Barclay, on a donc signé une licence, juste pour la France. On leur apporte le produit fini, on leur cède les droits d’exploitations pour un temps donné, et eux fabriquent le CD, en font la promotion et le vendent. A cette époque on était une association, mais on a dû créer une entreprise pour héberger le contrat, on a alors monté notre propre label, Disque Pointu, dont Stephane s’occupe.

Muzrs : Pourquoi une licence ?

Stephane : À mon sens c’est la meilleure solution pour que le groupe reste indépendant. La licence permet de préserver son autonomie artistique, dans le cadre d’un contrat d’enregistrement, autrement appelé « contrat d’artiste », la maison de disque est producteur, et propriétaire des bandes. La Femme est donc quant à elle productrice de ses enregistrements, ça reste leur musique jusqu’à la fin de leur jours, et ça nous semblait important. La licence concédée à Barclay permet toutefois au groupe de profiter de la force de frappe d’une grosse maison de disques, pour le moins qualifiée, et de « partager » avec elle les risques financiers, très importants, liés à l’exploitation et à la production de l’album. On a beaucoup entendu parler de l’indépendance de Fauve, ils ont pourtant très vite signé un contrat avec un producteur de spectacle, un contrat avec un éditeur… Alors que La Femme, bien qu’ayant passé un accord avec Barclay pour le disque, est son propre éditeur, et coproducteur de ses spectacles, de ses tournées. Mais ce n’est pas qu’une question de principes, chacun doit pouvoir choisir et trouver ce qui lui convient le mieux, à un moment donné. Le business modèle de La Femme par exemple est voué à évoluer.

Marlon : En tout cas ça se passe plutôt bien avec Barclay…même si évidemment parfois ils nous font chier et on les fait chier aussi. La où ça nous a un peu posé problème c’est que Barclay dépend d’Universal, qui assure la distribution, et eux vont surtout se bouger pour les gros artistes qui vendent. Quand t’es un « petit » ils te considèrent moins. On a été assez déçu par leur travail, la mise en place de notre disque dans les rayons, le réapprovisionnement etc. Mais, niveau promotion, Barclay a été super : tout les gros médias nous ont soutenu, même si on a encore du mal à être diffusé en radio généraliste. Pour le reste on est totalement indépendant, c’est nous qui nous occupons de la sortie du disque à l’étranger, on contacte des partenaires de distribution, on fait presser les CD, on paye des boîtes de promo, en Europe, aux Etats-Unis… le tout coordonné par Stephane. Nos clips aussi, on les réalise nous même, on monte notre équipe et on les produits.

Muzrs : Vous arrivez à en vivre ?

Marlon : Pour le moment on réinvestit presque tout ce qu’on gagne dans le groupe, pour grossir, devenir plus solide. Donc on en vit, mais tout juste. Un peu moins du SMIC chaque mois je dirais.

Muzrs : C’est quoi la suite ?

Marlon : On a une grosse tournée devant nous. On a déjà commencé en Europe et on part demain pour 2 mois aux USA où on a déjà une trentaine de dates.

Stephane : On reçoit tous les jours des demandes pour des concerts du monde entier, y compris de pays avec lesquels nous n’avons eu aucun contact, Russie, Israël, Islande, Mexique… Sinon, on sent qu’on a atteint peu à peu les limites du « tout faire tout seuls ». Donc nos prochains objectifs, sur le deuxième album, c’est trouver des partenaires à l’étranger, et choisir une gestion éditoriale pour administrer les droits. Barclay s’est déjà réengagé pour la sortie dans les pays francophones.


Acheter l’album

Publicités

3 replies »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s