Yoel Kenan : « Il est plus simple de vivre de sa musique aujourd’hui qu’avant »

Premier directeur du digital chez Universal en 1998, Yoel Kenan a été témoin du début de la mutation de l’industrie musicale que nous vivons encore aujourd’hui. Il s’est depuis tourné vers les pays émergents à travers sa structure Africori. Avec recul, il nous livre aujourd’hui sa vision de la situation : optimiste, et ça fait du bien !

Muzrs : Pourrais-tu me présenter ton parcours ?

Yoel : J’ai démarré à Paris en 1986, j’étais étudiant en école de commerce, à l’ESG, et avec un ami on organisait des concerts. On a décidé de lancer un label indépendant, Midnight Music France, qui représentait principalement la musique d’Angleterre et d’Ecosse. Et par chance ça a été un succès immédiat, si bien qu’on a fait un chiffre de 4 millions de francs la première année, alors qu’on était toujours à l’école ! Suite à ça j’ai rejoins des majors, d’abord BMG puis MCA Geffen qui est devenu Universal Music, et s’est associé avec Polygram pour devenir cette énorme bête d’Universal Music au niveau mondial. C’est eux qui m’ont permis de partir en Angleterre en 1997 où je suis resté jusqu’à aujourd’hui. J’étais au tout début de l’industrie digitale dans la musique, j’étais d’ailleurs le premier directeur du digital chez Universal à l’international en 1998.
Ensuite j’ai lancé mp3.com en Europe pour Vivendi. J’ai rejoins le corporate chez BMG en gérant le marketing et le business développement au niveau européen. Mais bridé par les contraintes du business en Europe et la crise de l’industrie du disque, j’ai décidé de me tourner vers les pays émergents. Ce sont, selon moi, les plus intéressants au niveau de la création et du potentiel de business. C’est comme ça que je me suis focalisé sur l’Afrique en créant la structure Africori, en 2005.

Africori Logo

Muzrs : Africori, c’est quoi ?

Yoel : Africori est une plateforme digitale qui permet à la musique africaine de se faire connaître, en dehors de l’Afrique bien sûr mais d’abord en Afrique. On travaille avec les boîtes de télécoms, les nouvelles offres musicales africaines, les offres musicales étrangères qui sont en train de se lancer en Afrique comme Spotify, Deezer ou iTunes.
Mais on travaille aussi sur les autres domaines : comment gagner de l’argent grâce au publishing qui en est au balbutiement en Afrique, comment récupérer les droits voisins en Afrique du Sud, comment aider les compositeurs… Nous sommes un des leaders de la distribution digitale sur le continent. On évolue pour le moment dans 7 pays : Nigéria, Ghana, Tanzanie, Malawie, Zimbabwe, Zambie et Afrique du Sud. On travaille souvent pour des clients étrangers qui veulent se développer là-bas et qui ont besoin d’aide pour élargir leur offre musicale. Mais le point principal c’est d’aider les artistes et labels africains à développer de nouveaux revenus et d’être payé dans un marché de la musique n’étant pour le moment pas très équitable.

Muzrs : Quel est ton point de vue sur la mutation actuelle de l’industrie musicale ?

Yoel : La mutation était inévitable. Le problème c’est que les décisions étaient prises par des gens qui avait plus de 50-60 ans, complètement déconnectés et qui ont eu du mal à lâcher prise. C’est dur de devoir entièrement changer sa manière d’aborder une industrie.
Le digital a tout changé : l’accès à la production par le développement du home studio, la manière de découvrir des artistes, et la manière de consommer.

Muzrs : En quoi cela a-t-il changé la situation des artistes ?

Yoel : Selon moi cette mutation leur a donné plus de libertés pour être ce qu’ils veulent être. A l’époque il y avait la voie des indés, et la voie plus corporate via les majors. Aujourd’hui un artiste peut décider de donner sa musique gratuitement, d’aller dans la direction artistique qu’il veut. C’est plus simple de vivre de sa musique aujourd’hui qu’avant. Il y a plus d’artistes qui se lancent mais il y aussi plus de manières de faire de l’argent avec sa musique, et c’est plus facile de toucher un public. Et globalement le système est plus égalitaire, on a plus de chances de réussir qu’auparavant.

Muzrs : Et pour les professionnels de la musique ?

Yoel : Selon moi, les fondamentaux du métier n’ont pas changé. Pour ma part, depuis 25 ans j’ai la même mission : connecter des artistes à une audience. Ce sont les outils et la manière de monétiser qui sont différents. A l’époque on monétisait principalement en vendant un album, aujourd’hui on monétise de plein d’autres manières.

Muzrs : Ces dernières années on remarque une tendance à l’autoproduction, et à l’ « automanagement » chez les artistes, qui reflète souvent une volonté d’indépendance. Qu’en penses-tu ?

Yoel : Je pense que c’est nécessaire. L’artiste doit créer son propre buzz, personne ne le fera à sa place. Il peut le faire par la scène, par une vidéo, par un album digital… Les maisons de disque sont un amplificateur de développement. Aujourd’hui on demande à  tout le monde d’être multi-facettes. Personnellement, j’aime travailler avec des artistes qui se concentrent sur leur création et à développer leur identité pendant qu’une équipe manage le reste. Sans pour autant ne pas garder un œil sur la direction de sa carrière.

Muzrs : Et notre démarche de réunir tous les acteurs de l’industrie sur une même plateforme, tu en penses quoi? 

Yoel : Aujourd’hui il y a plus d’opportunité que jamais, avoir une plateforme Internet permet de réunir ces opportunités sur un endroit. Il faut être au plus proche des artistes et de leurs besoins, c’est du super-management en quelque sorte.

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Catégories :Interviews, Professionnels

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