Olivier Colin : « L’autoproduction, je suis plutôt contre. Chacun son métier »

©DavidStrickler

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Actuellement directeur de la salle de concert Le Fil, à St-Etienne, Olivier Colin a derrière lui 25 ans de carrière dans la culture. De la production au management d’artistes, en passant par l’enseignement, la diversité de son parcours lui confère un point de vue particulièrement juste sur la situation du monde de la musique. Il défend donc sa perception d’une industrie en mutation et l’importance de se tourner vers de nouveaux modèles.

Muzrs : Quelle sont vos activités, votre parcours ?

Olivier Colin : Je suis le directeur du Fil, depuis l’ouverture en janvier 2008. J’ai 25 ans d’expériences professionnelles qui m’ont amené à gérer d’autres structures en France et à l’étranger, toujours dans le domaine culturel : production, développement de carrières d’artistes, entrepreneur de spectacles, gestion de lieux, ou encore formation.

Muzrs : Pouvez-vous nous présenter ce qu’est une SMAC, et comment cela fonctionne ? Qu’est-ce que le collectif LIMACE ?

Olivier Colin : C’est un label d’Etat créé en 1998 par Catherine Trautmann, alors Ministre de la Culture. C’était le 1er plan national de structuration de lieux dédiés exclusivement aux musiques actuelles, à l’intérieur desquels on devait faire de la formation, de l’accompagnement artistique, de la diffusion et des actions culturelles sur le territoire. Une équipe, un projet, un lieu. Certaines SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) ont le label et sont financées par l’Etat, d’autres pas, on en compte environ cent cinquante en France. Nous, les SMAC, sommes fédérés dans le cadre de la FEDELIMA, nous avons également un syndicat, le SMA. On se rencontre régulièrement, autour d’ateliers ou de séminaires de réflexion. Et depuis peu nous développons un réseau européen « Live DMA ».

Le Collectif LIMACE (Ligérienne de Musiques Actuelles) est une association de structures créée en 2006 pour répondre à l’appel d’offre de la ville de Saint-Etienne concernant la DSP (Délégation de Service Public) du FIL. Nous sommes une vingtaine d’acteurs, des SCOP, des associations, des SARL, des managers, producteurs.

Muzrs : La place du live est grandissante dans le développement des artistes, le rôle des salles de concert et de ses programmateurs l’est donc également. Comment le percevez vous ?

Olivier Colin : En fait, la crise du disque a redonné au spectacle vivant la place qu’elle avait il y a des années de cela. Mais le problème est l’augmentation du coût de production d’un spectacle : les artistes et les producteurs ayant perdu une partie de leurs sources de revenus, ont reporté ce manque à gagner dans le spectacle vivant. A cela s’ajoute la crise de l’intermittence et l’augmentation des charges sociales dans la production. Le tout se répercute sur le spectateur avec une augmentation considérable du prix de la place de spectacle. Il m’arrive régulièrement de dire non pour des questions de coûts, déontologiquement je ne peux pas, c’est insupportable. Le ticket moyen est de 13,50€ au FIL, de 8€ à 30€. Je refuse d’aller au delà…

Nous marchons un peu sur la tête en ce moment, il faut faire attention. Nous sommes dans une période de mutation importante, et heureusement nous voyons émerger des projets innovants, de nouveaux modèles économiques de coopération, et c’est ce qui me donne de l’énergie et de la confiance dans le futur. Mais en même temps il y a encore quelques acteurs qui sont toujours dans les mêmes concepts économiques et cela pose problème. Il existe toujours une certaine forme de concentration dans notre secteur et des logiques de production au sein des majors, qui nuisent parfois à la diversité culturelle et qui pose la question de la rémunération équitable entre les artistes et les producteurs.

Muzrs : Vous avez créé un Master en Management et Gestion de carrière d’artistes à l’Université Lyon 2. Que pensez-vous de la tendance à l’autoproduction et l’auto-management ?

Olivier Colin : Je ne crois pas trop en l’autoproduction/management, je me bats même plutôt contre. Chacun son métier. Manager, c’est un vrai métier. Comme me disait Daniel Colling, le manager de Jacques Higelin (et cofondateur du Printemps de Bourges, NDLR), un manager, avant, c’était le mec qui se trimballait avec une mallette, qui récupérait l’argent à la fin du concert, en liquide, et qui distribuait. Aujourd’hui un manager c’est tout sauf ça. C’est un avocat, quelqu’un qui connaît le droit local et international sur le bout des doigts, qui est très pointu, qui est en capacité de développer l’ensemble de la carrière de l’artiste. Et aujourd’hui la carrière c’est la synchronisation, la téléphonie mobile, la scène, l’édition… Ensuite l’artiste est responsable du projet artistique. Cependant, je me méfie aussi des « managers/directeurs artistiques ». Encore une fois, chacun son métier. Par contre, et c’est très important, l’artiste ne peut pas déléguer à 100% les yeux fermés à un manager. Moi, par exemple, je ne suis pas comptable mais je sais lire un bilan et un compte de résultat !

Muzrs : Quel est l’impact du lieu d’habitation d’un artiste qui cherche à se lancer aujourd’hui ?

Olivier Colin : Rattacher un artiste à un territoire, c’est terminé. On est dans une mondialisation à 100% dans la musique. Par contre, il se pose toujours la question de la concentration, on sent que les choses se passent quand même à Paris, ou dans les grandes capitales. Mais globalement, avec les nouvelles technologies, quelques soit son territoire, un artiste peut toucher son public. Mais il faut que ça s’organise.

Muzrs : Selon vous, aujourd’hui, y-a-t-il un manque de communication entre les acteurs de l’industrie musicale ? Est-ce qu’une plateforme internet les réunissant pourrait être une solution ?

Olivier Colin : Je pense que vous avez raison à ce propos, nous sommes dans un secteur encore trop vertical qui ne communique pas, ce qui est un problème. J’ai le sentiment que cela va changer par la force des choses puisque l’industrie de la musique s’est profondément transformée : les alternatives, notamment par la création de plateformes, est en train de mobiliser d’autres formes d’énergies créatives. On assiste par ailleurs à une transformation radicale du mode de consommation de la musique enregistrée avec l’avènement du streaming… Notre travail sera forcément bouleversé par les attitudes technologiques et les mouvements de mondialisation, qui vont changer nos business plans. Au niveau du FIL, nous sommes de plus en plus en lien avec les nouvelles technologies : nous sommes membre fondateur de 1Dtouch et nous imaginons dans le cadre de ce projet hors du commun, mettre en place dès 2015 une Web TV. Enfin, nous développons de plus en plus de partenariat avec des producteurs audiovisuel dans le cadre de captation au FIL… C’est extraordinairement intéressant.

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Catégories :Interviews, Professionnels

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