Pouvoir Magique : « On préfère que 100 personnes téléchargent notre musique gratuitement, que 3 en payant! »

POUVOIR MAGIQUE

Derrière la techno chamanique de Pouvoir Magique se cache Clément et Bertrand. Pendant que le premier compose l’autre gère la communication et la marketing. Ce fonctionnement original, et visiblement efficace, est un parfait exemple de la tendance d’autoproduction chez les artistes.

Muzrs : Vous pouvez me présenter votre parcours et votre lien à la musique ?

Clément : Aucun. Mes parents sont dans le domaine de l’équitation. La musique est venue d’abord avec ma passion de la vidéo, allier le son et l’image. J’ai fais des études de cinéma à l’ESRA.

Bertrand : Moi ça commence avec les cousins : l’un a vécu l’époque des « raves » et ma cousine a monté un label à Londres… Sinon aucun contact particulier avec le milieu de la musique. J’ai fais des études de communication, et j’ai fais des études de Médiation Culturelle. C’est par les stages que je me suis fait mes contacts.

Muzrs : Comment le projet Pouvoir Magique est-il né ? Comment fonctionnez-vous ?

Clément : On faisait du son chacun de notre côté, et on s’est rencontré sur Myspace.

Bertrand : Ouais, en novembre 2011. Clément avait remixé un des sons de mon ancien projet, j’ai adoré et je l’ai contacté. A l’époque je bossais sur la promo d’un autre artiste, mais je n’y arrivais plus. Du coup on s’est mis ensemble : lui à la production, moi à la communication et au marketing.

Clément : On a commencé par faire beaucoup de remix, histoire de se faire connaître, ce qu’on appelle du « name dropping ». Quand on remix Moby, ça donne une grosse visibilité.

Bertrand : Ce qu’on a voulu faire, c’est d’abord construire une identité, une pate. C’est pourquoi on a fait le choix de sortir les morceaux et projets au compte goutte : il s’est écoulé un an entre nos deux premières sorties. C’est important d’avoir de la cohérence.

Clément : Niveau dates, on a eu très vite des opportunités et de la chance. J’avais signé un EP en solo dans le label Joystick, dont le boss est également régisseur de beaucoup de salles à Paris. C’est par exemple comme ça qu’on a eu une date au Rex.

Bertrand : On doit aussi beaucoup à Manifart, qui nous a fait confiance il y a deux ans alors qu’on était personne. C’était génial. Après niveau communication, on n’avait pas vraiment de stratégie. A part les stickers, dès le départ. C’est simple mais tellement efficace : en fin de soirée les gens se les collent dessus et se prennent en photo, ou les collent dans la rue, sur leur frigo… Et ça leur fait retenir notre nom.

Muzrs : Vous avez eu une expérience en label il me semble ?

Bertrand : Oui, on a signé un EP chez French Made, mais ça ne s’est pas très bien passé. On s’est vite perdu musicalement et professionnellement. L’EP devait sortir en physique mais on les attend encore…

Clément : C’est typique des petits labels. Aujourd’hui on préfère être seul ou dans un gros label. Le top serait de signer nos morceaux chez un éditeur, de travailler avec une belle équipe promo et de créer un label qui nous ressemble.

Muzrs : Et Mawimbi, qu’est-ce que c’est ?

Clément : C’est le collectif qu’on a fondé avec trois amis, Alex et Adrien et Lucas. Le collectif a un double intérêt : ça donne à chacun de ses membres une plus grande visibilité et ça nous permet de produire nos propres soirées. On prépare aussi une compilation et d’autres projets. Du coup on met la plupart de nos cachets respectifs dans le collectif pour financer tout ça.

Bertrand : Au final c’est presque une agence de communication 360° : on fait de l’évènementiel, on a notre blog de musique, on fait de la production, bientôt de l’édition avec la compilation, peut-être plus tard du développement artistique… Maintenant que le nom Mawimbi a un impact, on essai de donner à nos soirées un côté tremplin en invitant des artistes hyper émergents. Et puis un côté « lab’ » aussi : la dernière fois Clément a fait un set entier de musiques africaines traditionnelles. Le but c’est de tirer tout le monde vers le haut.
A moins qu’on signe chez un gros label, notre prochain EP sortira sûrement sur Mawimbi. C’est ce qui nous ressemble le plus, et puis c’est qu’un outil promo finalement. Soyons réaliste, c’est pas en faisant de la « techno chamanique » qu’on va vendre des disques, on est déjà content si on arrive à se payer deux kebabs ! Selon moi, à moins de peser, mieux vaut diffuser sa musique gratuitement au départ : il vaut mieux que 100 personnes la télécharge gratuitement, que 3 en payant.

Muzrs : Mais du coup, niveau argent, temps, vous faites comment ?

Clément : On n’en vit pas du tout. Comme je te disais, pour le moment on réinvestit tous les cachets dans le collectif pour monter des projets.

Bertrand : La, pour le prochain clip on a fait appel au public via le site KissKissBankBank. Le système de crowdfunding est un outil très intéressant pour un artiste parce qu’en plus de récolter de l’argent, ce peut être un formidable outil de communication.

Clément : Parce qu’il ne faut pas se mentir, une grande partie des dons vient de la famille ! On avait mis en place pas mal de co-branding avec des marques comme Tealer ou Snatch qui permettait de gagner des T-shirts ou des numéros collectors, mais on s’est rendu compte que les gens se foutent complètement des contreparties.

Bertrand: Après, nos revenus principaux sont les cachets. Mais de toute manière, c’est pas avec la musique qu’on va faire de l’argent. Du coup j’ai plus de vie, je bosse toute la semaine et le week-end c’est Mawimbi ou Pouvoir Magique… Mais j’adore ce que je fais !

Clément : Notre exemple, ça va être un artiste comme Nicolas Jaar. Il fait de la musique superbe, de qualité, et il arrive quand même à bien se vendre.

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Catégories :Artistes, Interviews

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