François Maton : « L’action culturelle locale c’est vraiment le cœur de nos métiers »

François Maton

François Maton est le directeur et programmateur de l’Atabal, Salle de Musiques Actuelles de Biarritz. Il nous explique qu’avant d’être un lieu de diffusion de concerts, sa mission principale est le développement et l’accompagnement de la scène locale, la formation et la sensibilisation des publics.

Muzrs : Salut François, peux-tu me présenter ton parcours ?

François Maton : J’ai commencé dès l’adolescence en travaillant dans l’associatif culturel, sur des petits évènements, en portant des caisses, comme tout le monde au départ ! J’ai par la suite commencé des études de commerce et management, et pour me rapprocher de ce que j’aime j’ai fait une année de césure et travaillé en maison de disque, chez BMG France, à Paris. A la fin de mes études je suis revenu au Pays Basque où j’ai eu du mal à trouver du travail dans la culture. J’ai donc eu un boulot alimentaire tout en continuant l’organisation de concerts au niveau associatif, à faire du bénévolat dans des festivals etc. Et puis petit à petit j’ai eu des missions concrètes qui m’ont mené à de vrais postes, pour finalement arriver à l’Atabal fin 2011. Le poste de directeur se libérait, la salle était alors un peu en difficulté. J’ai donc présenté un projet de reprise et de remise à neuf.

Muzrs : La place du live est grandissante dans le développement des artistes. Quelles sont tes méthodes de travail en tant que programmateur ? Comment se fait le choix des artistes que vous accueillez ?

François Maton : Clairement, tous les groupes qu’on côtoie à travers la salle vivent quasiment uniquement grâce au live. Ce qui importe maintenant pour la carrière d’un artiste c’est le nombre de concerts et les salles où ils se produisent. Les trois quarts de notre programmation, ce sont des artistes qu’on est allé chercher. Souvent ce sont des artistes qu’on a vu jouer à un moment donné, qui nous ont plu, et pour lesquels on attendait l’occasion pour les programmer. Notre programmation nécessite de mettre au moins deux têtes d’affiche par trimestre. Après on a pas mal d’artistes émergents, mais un minimum identifiable pour le grand public en terme de style. Enfin, pour ce qui est de la découverte pure on va forcément privilégier la scène locale avec qui on travaille au quotidien à travers nos activités d’accompagnement et de développement. Si on faisait venir des artistes hyper émergents de plus loin, ni eux ni nous ne s’y retrouveraient financièrement. Après, dans les niches musicales « extrêmes » type Grind ou Hardcore, on a beaucoup d’artistes à 100% autogérés qui arrivent à monter des tournées par eux même, notamment grâce aux réseaux sociaux. Dans ce cas on les soutient bien sur à fond. Mais pour des musiques plus « conventionnelles », type pop, la concurrence est rude et c’est clairement plus compliqué de se faire entendre.

Muzrs : Quelles actions concrètes sont mises en place par l’Atabal pour le développement de la scène musicale locale ?

François Maton : Le label SMAc (Salle de Musique Actuelle) signifie que le travail effectué répond à tous les critères de développement artistiques et culturels d’une zone. Dans les faits ça donne environ 50% de diffusion de concerts en produisant nous-même des dates, notamment des dates dites « à risques » avec des groupes en découverte à prix réduits. Et les autres 50% sont réservés à l’accompagnement de la scène locale, de la pratique amateur, à la formation musicale, aux enregistrements de jeunes groupes dans notre studio, aux interventions en milieu scolaire, carcéral ou hospitalier etc. On met tout en place, et on laisse les artistes et associations locales faire les interventions. Ces deux dernières semaines, deux artistes du collectif Moï Moï ont par exemple passé quinze jours en immersion dans un collège pour apprendre aux élèves à enregistrer un morceau en studio, se servir d’un sampler, de claviers etc. Ces activités ne sont pas vraiment connues du grand public pour lequel nous sommes avant tout des diffuseurs de concerts.
Faire un concert de Julien Doré c’est bien, on ramène beaucoup de monde, un public large et éclectique, mais le lendemain il jouera dans une autre ville, il n’y aura pas vraiment eu d’échange. L’action culturelle locale c’est donc vraiment le cœur de nos métiers, c’est le plus important et intéressant pour nous. On fait finalement un métier très différent des producteurs de festivals estivaux, avec des grosses têtes d’affiche et des places à 50€.

Muzrs : On a interviewé les fondateurs du groupe La Femme, qui ont grandi à Biarritz et nous expliquaient avoir ressenti le besoin de s’installer à Paris pour se développer. Est-ce que, selon toi, Internet a changé l’impact du lieu d’habitation sur le développement des artistes ?

François Maton : La France est un pays extrêmement centralisé autour de sa capitale avec les avantages et inconvénients que ça implique. Pour les artistes il faut donc peut être aller chercher des contacts à Paris qu’on n’aurait pas ici. Ça a probablement diminué, mais un groupe qui se développe ici mettra en moyenne deux ou trois ans de plus qu’a Paris pour s’en sortir. Alors qu’en Espagne, avec qui on travaille beaucoup via le Pays Basque Sud, on ne retrouve pas du tout ce schéma là. De bons artistes de Bilbao perceront aussi vite que s’ils avaient été à Madrid.

Muzrs : Ressens-tu, comme de nombreux professionnels de la musique, un manque de communication entre les différents acteurs du milieu?

François Maton : On est clairement dans un secteur ou il y a un manque de communication. C’est précisément le projet que j’ai mis en place quand je suis arrivé à l’Atabal : rouvrir la salle aux initiatives locales. Je n’ai par exemple aucun contact avec les labels ou tourneurs locaux. Par contre, aujourd’hui, on travaille main dans la main avec les autres acteurs culturels locaux, associatifs ou éducatifs. Après, à l’échelle régionale, le RAMA (Réseau Aquitain de Musiques Actuelles), dont l’Atabal fait parti, est extrêmement catalyseur en terme de connaissance de son réseau et de ses partenaires, ça favorise la rencontre et la diffusion, et nous fait prendre conscience des problématiques de chacun. Il y a un gros travail de réflexion autour de l’avenir de nos filières : comment pallier les baisses de subventions, comment aborder les économies numériques, les économies créatives ou sociales etc. Et sur le terrain cela nous donne de nombreux avantages. Par exemple en tant que programmateur, je suis très souvent en contact avec les programmateurs des salles de Bordeaux, Périgueux, voir Castres. Comme ça, quand j’ai des difficultés financières à faire venir un artiste, on peut monter ensemble une tournée de trois dates par exemple. Ça nous permet aussi de comparer les prix auxquels on a les groupes et donc d’avoir un poids de négociation par rapport aux tourneurs.

Publicités

Catégories :Interviews, Professionnels

1 reply »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s