Antiquarks : « à défaut des majors, on a embarqué notre public dans l’aventure »

Antiquarks

Si la récente apparition des plateformes de crowdfunding a donné un nouvel essor à ce type de financement, le système existe depuis longtemps chez les artistes indépendants. C’est le cas du groupe lyonnais Antiquarks qui finançait son premier album grâce à des souscriptions, il y a 10 ans. Défendant des idéaux collaboratifs et une vision intransigeante de l’indépendance artistique, le groupe voit le financement participatif comme un modèle économique viable à long terme pour des artistes. 

Muzrs : Peux-tu me parler un peu de l’histoire d’Antiquarks?

Je suis Sarah Battegay, j’ai rencontré les musiciens d’Antiquarks il y a dix ans et nous avons monté ensemble une structure : Coin Coin Productions. Le but était simplement de pouvoir ouvrir un compte en banque afin de recevoir ce qu’on appelait alors des souscriptions : ni plus ni moins que du crowdfunding mais avec des chèques et du liquide ! On imprimait des flyers avec des bons de commande détachables, qu’on nous renvoyait par la poste. On a financé le premier album comme ça, grâce à 200 contributeurs. C’était une pratique très courante à l’époque chez les musiciens indépendants. Des plateformes comme Ulule ont théorisé la pratique et permettent aujourd’hui des campagnes beaucoup plus réactives : on sait jour par jour où on en est, on peut donc répondre immédiatement aux donateurs et adapter notre communication.

Muzrs : Pourquoi faire appel au crowdfunding ? Etait-ce un choix ou par défaut ?

En ce qui nous concerne, c’est une volonté d’indépendance. On veut maîtriser tout ce qu’on fait, dans la temporalité qu’on veut. On ne veut pas qu’on nous impose une direction artistique, l’ordre de nos morceaux ou la couleur de notre pochette d’album ! De plus, Antiquarks est un projet transmédias : ce sont des albums mais aussi un univers graphique, des textes, un site internet etc. Et l’industrie musicale n’est pas encore dans cette démarche là. Donc à défaut des majors, on a embarqué notre public dans l’aventure. On a toujours eu un rapport très privilégié avec lui, que ce soit sur nos stands de merchandising après les concerts, via les newsletters ou sur Facebook. Et la preuve c’est qu’il a répondu présent quand on l’a sollicité pour ce livre-album avec un gros coût de production.

Muzrs : Comment ça s’est passé?

Honnêtement, j’avais sous-estimé le temps de travail lié à l’animation de la campagne, la réalisation du making off, les mails de remerciement etc. Du coup on n’a pas pu tout faire comme on l’avait prévu. On a vraiment essayé d’impliquer le public dans le processus de création, en les faisant par exemple voter pour le choix du t-shirt. Eux sont contents et nous ça nous permet de savoir avant ce qui va leur plaire ! Plus globalement notre public sait à quel point notre indépendance nous est cher et nous suit dans cette idée là, il y a presque une forme de responsabilité qui s’est créé avec lui.

Muzrs : En terme de communication, cela vous a-t-il permis d’élargir et de fidéliser votre public? D’attirer l’attention de professionnels de la musique ?

Après la campagne on a beaucoup communiqué auprès de programmateurs et de directeurs de festivals, en mettant en avant notre succès et nos 450 contributeurs. Ça nous a permis d’avoir de super retours. Avant notre campagne Ulule, nous avions noté une baisse des souscriptions papiers. Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’elle était due à l’augmentation de notre notoriété, qui avait un peu désolidarisé notre fanbase, qui se disait peut être que le projet sortirait dans tous les cas. La campagne Ulule a permis de recontacter cette base, pour leur expliquer qu’on en était au même point, toujours fragile.

Muzrs : De manière générale, considérez-vous le crowdfunding comme une vraie solution d’avenir pour les artistes ou plutôt un « système D »?

Tout dépend de la capacité du groupe à fidéliser son public. Sans prétention, vu la qualité du livre-album qu’on va envoyer à nos contributeurs, si on lançait une campagne pour financer le volume 2, une bonne partie nous suivrait ! La question de la pérennité du financement participatif dépend de ta capacité à tenir tes engagements. Et puis aujourd’hui, pour un petit label, chaque album est une prise de risque financière, donc cette voie là n’est finalement pas plus durable. Mais plus largement c’est une question de posture, je dirais presque politique. Ce système de financement est à mettre dans le contexte global du collaboratif, au même titre que les Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) etc. Pour beaucoup d’artistes utilisant le crowdfunding, le but c’est de signer en label et en attendant ils sollicitent leur public. Nous, on inverse la démarche puisque notre but c’est l’indépendance et notre vision de l’artiste c’est un artiste entrepreneur.

Muzrs : Vos conseils pour ceux qui voudraient tenter l’expérience ?

Ne pas sous-estimer le travail d’animation de la communauté, indispensable à la réussite de la campagne.

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Catégories :Artistes, Interviews

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