Marion Motin : « Je peux aider les corps à danser, mais seulement s’ils ont besoin de le faire »

Marion Motin

La danse ou plus largement la gestuelle et l’expression corporelle, sont des éléments fondamentaux de l’identité d’un artiste. C’est ce sur quoi travaille Marion Motin, l’une des danseuses et chorégraphes françaises les plus réputées dans le monde de la musique. Elle a collaboré avec Madonna, Christine & The Queens ou encore Stromae , sur des chorégraphies de clips et de concerts. Nous l’avons rencontré pour qu’elle nous parle de ce travail si particulier de mise en geste d’un univers musical.

Muzrs : Pourquoi et comment en es-tu arrivée à travailler sur des projets musicaux ?

Marion Motin : J’ai d‘abord commencé en tant que danseuse interprète. Un jour j’ai été approchée par l’équipe de Madonna qui avait vu des vidéos de moi, puis j’ai passé une audition et c’est comme ça que je me suis retrouvé à danser avec elle. Peu de temps après, elle a découvert le travail qu’on faisait avec mon groupe de l’époque, et nous a demandé de chorégraphier un morceau. Un concours de circonstances donc ! A mon retour en France j’ai été contactée par le directeur artistique de Stromae qui m’a proposé de chorégraphier son nouveau clip.

MDNA

The MDNA Tour, 2012

Muzrs : Créer une chorégraphie pour un clip ou un concert est un travail que j’imagine particulier dans un contexte où l’artiste et sa musique priment. Comment se passe le processus de création ?

C’est particulier parce que tu as une direction artistique préexistante. En tout cas quand tu travailles avec des artistes qui ont un univers particulier et qui savent ce qu’ils veulent, comme ce fût le cas avec Stromae ou Christine & The Queens. Il faut donc fusionner avec leurs univers et c’est ce que j’aime : une grande liberté dans un espace défini. Il faut réfléchir à une gestuelle qui va avec leur morphologie, leur musique, leur personnalité… Mais ça reste de la danse et je ne fais pas de différence avec la création au sein de ma propre compagnie, que je ne vois pas comme un spectacle de danse mais comme une sorte de film en live, où doivent fusionner le travail de lumière, d’espace et de musique. En ce sens c’est comme un concert : le spectateur ne doit pas voir des éléments séparés mais entrer dans un univers entier.

Muzrs : Justement, pour avoir vu les concerts et les clips de Christine & The Queens avant de découvrir ton travail avec les Swaggers, j’ai été marqué par l’importance de ton apport dans la gestuelle d’Héloïse Letissier qui, pour le coup, fait partie intégrante de sa personnalité artistique.

En réalité pas tant que ça ! C’est plutôt que nous avons des goûts et des obsessions en commun qui font que la collaboration a très bien marché. Peut-être aussi une même vision de la femme, Héloïse est assez androgyne et moi j’ai un côté garçon manqué qui remonte à l’enfance et à mon parcours dans le Hip Hop, milieu très masculin. Mais je me suis surtout imprégnée de son univers pour lui livrer ces différents tableaux, qu’elle a ensuite réinterprété à sa manière.

Muzrs : Comment se sont passées votre rencontre et votre collaboration ?

Héloïse était alors en résidence à la Gaité Lyrique. Benoit Rousseau, le directeur artistique, m’a contacté pour me dire qu’elle cherchait une chorégraphe et qu’elle avait pensé à moi. On s’est rencontrée, on a discuté, et on s’y est mises. On a beaucoup échangé sur chacun des morceaux, j’avais besoin qu’elle me les explique elle-même pour m’imprégner de son univers, pour trouver la bonne couleur, la bonne matière, la bonne ambiance. J’ai ensuite sélectionné des danseurs et elle les a validé. A l’origine c’était un petit projet, on a eu moins de 10 jours pour créer la chorégraphie et répéter, mais ça a pris une ampleur de dingue ! Je travaillais de mon côté avec les danseurs puis je lui montrais et elle faisait. Elle apprend très vite heureusement !

Muzrs : Ce n’est pas compliqué de créer des chorégraphies pour des artistes qui n’ont pas forcément d’expérience en danse ? Stromae par exemple, savait-il danser ?

Pour moi Stromae est un excellent danseur. Il n’a jamais pris de cours c’est sûr, mais il a une grande aisance avec son corps. Ou plutôt, il a su jouer avec sa non-aisance. Il ne faut pas essayer de faire le danseur mais plutôt laisser son corps s’exprimer. La danse ce n’est ni plus ni moins que de l’expression corporelle donc tout le monde est potentiellement danseur. Ce qui compte c’est la motivation : je peux aider les corps à danser mais seulement s’ils ont besoin de le faire. Si c’est juste pour le show ça ne m’intéresse pas.

Mais c’est une question qui se pose, c’est vrai. En ce moment je travaille sur la comédie musicale Résiste, et certains chanteurs ne s’imaginaient pas du tout danser. Donc j’ai commencé par organiser des ateliers pour que chacun puisse libérer son corps et aujourd’hui ça marche très bien, les musiciens ayant par définition le sens du rythme !

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